Much loved, de Nabil Ayouch, par Yves Bertault

MUCH LOVED : UN FILM QUI DONNE A VOIR…

Le moins que l’on puisse en dire, c’est que « Much loved », film marocain réalisé par Nabil Ayouch, sorti en septembre 2015, aborde franchement et crûment la question de la prostitution.

Même si son film est une fiction et que ses héroïnes sont des femmes, il ne manque pas d’ausculter d’autres maux de la société, en particulier la prostitution des enfants ou de très jeunes femmes…

Au-delà des polémiques incendiaires sur les réseaux sociaux, au-delà du scandale que constituent le harcèlement et les menaces physiques subies par le réalisateur et ses interprètes, il est assez intéressant de regarder ce film à partir de la grille de lecture de la censure gouvernementale marocaine :

« Outrage grave aux valeurs morales de la femme marocaine et une atteinte flagrante à l’image du Maroc »

Il est vrai que l’histoire qui nous est contée de ces trois mousquetaires du sexe qui comme chez Dumas seront finalement quatre (et quelle quatrième !) n’épargne rien au spectateur d’un quotidien qui alterne fêtes aux amours tarifées dans les luxueuses riads de Marrakech et plongée dans la ville cachée, à l’arrière du décor de cette prestigieuse destination touristique !

Les longs travellings dans une Marrakech nocturne, à l’occasion de déplacements en voiture, outre qu’ils offrent un geste cinématographique magnifique, font apparaître à l’écran ce petit peuple des invisibles misérables qui renvoie à Noha et ses compagnes l’image de ce à quoi elles tentent d’échapper au prix d’une mise en danger constante.

Ce qui transparaît cruellement tout au long du récit, c’est l’étalonnage par l’argent qui, ce n’est pas une révélation, conditionne les rapports humains. Plus perturbant est la complicité, de facto, des filles elles mêmes, dans cette hiérarchisation ; car si « Much loved » est un film d’images fortes, il doit aussi beaucoup aux dialogues qui nous percutent d’entrée. La prétention affichée de l’héroïne principale à être une « bonne pute », ses moqueries pour « les putes à deux balles », les scènes de racolage, la corruption et la violence du policier qui se révélera pire que le client, l’hypocrisie de la famille dépendante économiquement et bien sur l’acte de prostitution lui-même sont autant d’occasions de détailler cette « image du Maroc ». La force du film tient à ce qu’il ne masque pas que ces femmes sont complices, à leur corps défendant et offert à la convoitise, mais qu’à tout moment elles peuvent être rabaissées de la plus ville des façons.

Mais le film a une portée plus universelle dans ce qu’il révèle de la prostitution comme travestissement, comme jeu de comédie…et de tragédie. C’est que nous montre ces soirées insensées avec les riches saoudiens où tout commence comme une fête, comme un libertinage entre « adultes consentants ». Seule la fin est triste, ce moment ou l’autre ne se réduit qu’à un objet à partir de ce seul axiome où celui qui paie commande et jouit…

Alors, à la fin du film, le spectateur un peu sonné cherche la part d’espoir qu’il y aurait dans cette longue descente, dans le spectacle d’une tranche de vie de ces femmes objets de fantasme, mais condamnées et rejetées. A la fin du film…qui n’en est pas une, le mystère reste entier. Le secret réside peut être dans le titre original arabe du film qui signifie : « La beauté qui est en toi »…

Yves Berthault

20 octobre 2015

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La poésie pour dénoncer la barbarie

Le film Timbuktu a été projeté aux élèves de la Morandière, dans le cadre de l’opération « Lycéens et apprentis au cinéma ».

Loin du tapis rouge, des paillettes, de la Croisette et du festival de Cannes, « nous sommes aujourd’hui, vendredi 13 mai, soit six mois après les attentats qui ont frappé Paris » , explique en préambule, Yann Le Jossic, aux lycéens installés dans l’une des salles du Sélect. Le professeur de Julliot-de-la-Morandière est également coordinateur de l’opération « Lycéens au cinéma ». Quatorze classes de l’établissement, seconde, première et terminale, ont assisté à la projection de Timbuktu d’Abderrahmane Sissako. Le film, présenté à Cannes en 2014, a reçu de nombreux prix à travers le monde, dont sept César. Une fiction pour « dénoncer par la poésie et le temps laissé à l’image, l’indicible » , ajoute Yann Le Jossic, avant que la salle soit plongée dans le noir. Les projections s’enchaînent toute la matinée dans les trois salles du Select, dans le cadre d’une action menée autour du cinéma, « en place depuis 2004 au lycée. » Le fil rouge retenu pour cette année : « La famille. Quelles valeurs on peut apporter à la cellule familiale ? » Des opérations ont déjà eu lieu, et d’autres seront menées prochainement, avec Renaud Prigent, coordinateur régional, qui viendra « échanger avec les lycéens sur Timbuktu , les faire réagir à l’aide d’extraits et d’analyse d’images. » Certains élèves, s’ils le souhaitent, peuvent même poster une critique du film sur le site internet du Café des images, à Hérouville-Saint-Clair (Calvados). En parallèle, un autre dispositif est mis en place pour une éducation autour des écrans (smartphones, ordinateurs, tablettes…), en lien avec le Cemea (Centre d’entraînement aux méthodes d’éducation active) et le Rectorat.

Introduction de Yann LE PENNEC à la conférence du Professeur Bernard SABLONNIERE sur « la chimie des sentiments ».

Que reste t-il pour l’amour avec un grand A entre ses amours avec un petit s après quatre débats et avant projection des Invisibles, le remarquable documentaire de Sébastien Lifschitz ?

Que reste-t-il pour l’Amour vu à travers la diversité des « nouveaux agencements du lien amoureux », de sa moderne « liquidité », c’est à dire d’un amour libéré des institutions qui enserraient (solidifiaient ?) les destins individuels, il n’y a pas si longtemps encore. Qu’en reste-t-il en effet depuis que la libération des mœurs, la séparation de la sexualité de la procréation, principalement, a ouvert l’espace au désir qui ne se soucie guère des normes et des conventions pas plus que des rôles et des fonctions ordonnées par la société : « le démon pose ses lèvres sur un morceau de bois »

Nos débats ont été enrichis par interventions de psychiatre, psychanalystes, sociologues , historien du cinéma, théologien, réalisateurs et représentants d’association gérant cette moderne « liquidité » et au point où nous en sommes, avant de voir et d’entendre des couples homosexuels d’un certain âge parler de leurs amours avec une si joyeuse sérénité,  sommes plus éclairés, plus assurés pour sortir du labyrinthe de malentendus qu’ouvre la merveilleuse illusion de l’amour qui nous ouvre à des instants de grâce et de poésie …et à quelques emmerdes.

Faudrait-il retenir, comme pour confirmer la phrase de Lacan (beaucoup plus complexe que prise dans son sens littéral) « L’amour c’est donner ce qu’on a pas à quelqu’un qui n’en veut pas » faudrait-il, donc, retenir de nos débats, le dialogue apparemment désenchanté, comme l’est le monde moderne, le dialogue de Mark, le paraplégique, avec son assistante sexuelle tombée en amour : « Que se passe t-il, dit-il, quand des gens s’attachent l’un à l’autre ? Quelle est la part d’alchimie quand ils s’attirent. Ils écrivent des poèmes dit-elle, ils couchent ensemble. Et que se passe t-il après la poésie après le sexe, dit-il. Tout ou rien. Le reste est affaire de négociations, dit-elle. On peut s’en tenir à l’amour et à l’attirance. On peut aussi tout compliquer. Ce que font la plupart des gens ».

Voilà levée la question de l’alchimie de l’amour et monsieur Sablonnière, en la désoccultant quelque peu, sans doute, pourra peut-être éclairer cette réflexion énigmatique de la romancière Fred Vargas : « Parce qu’en amour on ne fait pas ce qu’on veut, mais alors qui fait, à notre place, ce qu’on ne veut pas »

Michel Frémont et Marie Atinault

michelfrémont      Michel Frémont a eu un parcours professionnel atypique. Agent dans le service bâtiment de trois hôpitaux, salarié dans le privé, il est désormais co-gérant de la société IDEE (Initiatives pour le Développement de l’Efficacité Energétiqueplus d’infos) et consultant dans le domaine des énergies renouvelables et de la construction écologique. On le connaît surtout pour avoir monté le projet de chaudière à bois de l’hôpital de Saint-Hilaire du Harcouët. Il a également été le premier en Normandie à équiper sa maison d’une installation solaire photovoltaïque. Il est, par ailleurs, l’un des membres fondateurs des Sept-Vents du Cotentinplus d’infos ).

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Marie Atinault est animatrice scientifique énergie-climat au sein de l’Agence Locale de l’Energie et du Climat de l’Eure plus d’infos, en charge de la mission EBDD « l’Énergie Au Bout des Doigts » et notamment de la mise en place du défi « Ecol’Energie ». Parmi ses différentes missions, elle doit notamment accompagner les établissements scolaires dans leur démarche de maîtrise de
l’énergie. Son rôle n’est pas seulement de sensibiliser mais aussi d’être force de proposition et de faciliter l’intégration des principes d’exemplarité et d’éco-responsabilité au sein des structures. Elle est également administratrice du Réseau Action Climat France plus d’infos.

La Glace et le Ciel, documentaire de Luc Jacquet

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Le film a été présenté en clôture du Festival de Cannes 2015

Luc Jacquet met en scène l’aventure de Claude Lorius, parti en 1957 étudier les glaces de l’Antarctique. Il nous raconte l’histoire d’une vie extraordinaire de science et d’aventure, consacrée à percer au plus profond des glaces de l’Antarctique les secrets bien gardés du climat. plus d’infos

Date de sortie 21 octobre 2015 (1h29min)
Réalisé par Luc Jacquet
Avec Claude Lorius, Michel Papineschi
Genre Documentaire
Nationalité Français

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