The revenant : expérience cinématographique extrême

Il ne faudrait pas réduire ce film à une énième histoire de survie glorifiant un héroïsme, jamais aussi grand qu’au cinéma.

Plus qu’une lutte entre un homme, forcément fragile et une nature, forcément hostile, on suit un affrontement entre frères humains, à l’issue forcément fatale.

Ici la nature est glorifiée par la beauté des images, le cadrage majestueux, toujours adapté à la narration ; elle est aussi nourricière, refuge et thérapeutique.

En plusieurs occasions, même si l’affrontement avec Mère nature peut être violent, celle-ci offrira à Hugh Glass/Di Caprio la planche de survie qui lui fera poursuivre cette existence qui ne tient plus qu’à un souffle.

Le fleuve qui favorisera sa fuite, l’arbre qui amortira sa chute, les plantes qui cicatriseront ses plaies ; jusqu’à l’ourse qui le laisse pour mort dont il se réchauffera de la fourrure…

La scène incroyable où l’homme nu renait de la carcasse d’un cheval marque le retour d’une humanité dans ce récit sauvage.

Car ici tout est sauvage…

Les indiens ayant déjà tout perdu capables d’atrocités ; les prédateurs blancs, ces «pionniers » pré-capitalistes qui taillent l’indien en pièces et réduisent les terres conquises à un terrain de chasse au trésor où le pillage est loi…

Les relations entre les êtres sont âpres et primaires quand la survie est engagée…

Mais tout est tellement humain.

Si la figure du héros est attachante par sa capacité, sa volonté de survie et sa spiritualité la figure du « méchant » n’est pas moins passionnante. Ce Fitzgerald, à qui l’on souhaite un châtiment à la hauteur de sa trahison n’est il pas la face obscure de l’Homme ? Quand le héros est poussé à la survie par l’amour et le souvenir, lui cherche à sauver sa peau par un individualisme cynique. Mais ce cynisme ne serait-il pas qu’un réalisme pragmatique face à une situation désespérée ? Les explications qu’il donne à ses choix sont cohérentes et même de « bon sens »… Après-tout il avait bien passé un marché (on y revient !) avec Glass et il ne fait que le respecter.

Cette dramaturgie classique qui oppose deux archétypes humains est ici poussée à l’extrême dans un film inoubliable.

L’un des mérites du film tient aussi en ce questionnement implicite : qu’est ce que l’homme laissera de cette planète somptueuse après avoir assouvi ses instincts les plus vils ? Déjà, pour reconstituer l’ambiance du Dakota, aujourd’hui « civilisé », le tournage a du être délocalisé au Canada et en Argentine sur des terres encore inviolées. En glorifiant ces merveilleux paysages, ce que nous rappelle Innaritu, par un effet d’image inversée, c’est la culpabilité de l’espèce humaine dans l’auto-destruction à l’œuvre depuis deux siècles !

Alors, n’hésitez plus : THE REVENANT, revenez-y !

Yves Berthault

07/03/2016

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