Après le débat « Cigarettes et chocolat chaud », par Yann Le Pennec

Parents  : pas de mode d’emploi  !

La question proposée au débat suivant le film «  Cigarettes et chocolat chaud  » en ouvre une autre  : comment se fait-il que les parents d’aujourd’hui ne puissent assumer une tâche millenaire, celle d’élever leurs enfants. Et une autre: comment se fait-il que la puissance publique puisse contraindre les parents à suivre des stages de parentalité. Et encore une autre: à quoi se réfèrent ceux qui prétendent remédier aux défaillances parentales. Le film de Sophie Reine laisse ces questions en suspens tout en les traitant avec intelligence sur le ton de la comédie.

Rappelons-nous cette belle époque où les parents savaient « tenir » leurs enfants, il y a un demi siècle. C’était l’époque ou l’éducation se passait d’explications. Un cadre ferme, une morale claire, peu d’effusions. On apprenait à vivre en se taisant à table, en évitant les taloches et en écoutant aux portes. Les parents usaient des «recettes» éducatives transmises par des générations qui se fondaient sur la tradition et la religion. L’autorité existait en tant que pouvoir: celui du paterfamilas, chef de famille jusqu’à ce que le changement de statut de la femme vienne bouleverser l’ordre institué de la famille nucléaire, conjugale. La loi sur l’Autorité parentale conjointe de 1970 a profondément transformé les rapports au sein de la famille en tant que «cellule de base de la société». La représentation de l’enfant, suite à cette avancée du droit, à l’audience de Françoise Dolto invitant parents et éducateurs à fonder leur autorité sur la force d’une parole plutôt que sur des règles disciplinaires qui ne devaient pas être discutées, s’en est trouvée également transformée et encore plus avec les effets de la Convention internationale des droits de l’enfant (1989).

Ainsi, les parents et éducateurs se sont trouvés contraints d’inventer un nouveau «cadre éducatif» dans le même temps et pour les mêmes causes, la famille de «cellule de base» se transsformait en «constellation familiale» protéiforme plus ou moins liquide. Contemporaine de la divorcialité, de la monoparentalité, des mariages entre personnes de même sexe, etc.., la notion floue de parentalité est venue recouvrir celle d’éducation. Le film montre combien les formateurs à la parentalité sont confrontés au vide recouvrant cette fonction sociale primordiale à laquelle les théories de la communication et autes manipulations moralo-comportementalistes ne sauront jamais se substituer. «L’éducation, écrit le philosophe de l’éducation O. Reboul, est ce qui fait l’homme (en société). Et par ce pouvoir redoutable , elle ne peut pas ne pas être idéologique. Son discours véhicule des idées des valeurs, des projets qqui ne pourront jamais être très objectifs et qui seront toujours en conflits avec d’autres. Et je n’imagine pas qu’il puisse en être autrement. Un discours pédagogique sans idéologie serait un discours vide  ».

Autrement dit l’éducation obeit à une stratégie, car l’amour n’y suffit pas. Voulons-nous former des citoyens disciplinés, conformes, dociles, flexibles ou bien des citoyens capables d’initiatives, connaissant leurs droits, leurs libertés et les obligations et devoirs que l’exercice de ces droits et ces libertés leurs créent. Voici les enjeux de l’émancipation de l’enfant de la modernité qui nécessiteraient, en effet, un mode d’emploi que «la société civile» (et non l’état ou le secteur de la marchandise) devrait élaborer collectivement pour pévenir les tentatives disciplinaires de restauration d’un ordre ancien.

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Crosswind(La croisée des vents), par Daniel Gandanger

De Martti helde, 2015, Estonie

Crosswind – La croisée des vents- je rentre de Crosswind. conquis, et sous le choc de cette merveille unique. Programmé dans le cadre de son festival, bravo à l’équipe de Ciné Parlant pour sa prise de risque (récompensée par la présence de  plus de 80 personnes).

Débat instructif avec un intervenant remarquable , ancien professeur de Géographie au Lycée Littré.
Crosswind (vent de travers)
Le vent mauvais qui traverse corps et âmes,  là-bas, dans les steppes sibériennes.
Le chef d’oeuvre du jeune cinéma estonien,  première opus de Martti Helde,  peut-être le génie de la  « nouvelle génération » balte, présenté en novembre dernier au Festival « les Boréales » 2016
Un film qui interpelle et de quelle façon, sur le traumatisme et la tragédie du  peuple estonien .
Un appel à ne pas oublier l’Histoire d’un petit peuple vaillant,  singulier par sa langue et sa culture , méconnu en Europe Occidentale.
Un film très fort dont on ne ressort pas intact. C’est une oeuvre à la démarche historique singulière qui s’appuie sur des témoignages d’une immense humanité  mais avant tout c’est un chef d’ oeuvre d’une dimension artistique  très peu commune, d’ une intensité dramatique contenue
Un parti pris artistique très maîtrisé, a priori pas forcément évident ni facile .
Une construction dérangeante et une forme esthétique contestée mais assumée , que certains critiques ont considérée comme maniérée : noir et blanc, plan fixes, personnages figés, tableaux et scènes d’une  beauté plastique troublante à la limite du malaise apparaissant en contrepoint de textes simples mais d’une grande force évocatrice et portant résonance .
Des textes superbes et chargés d’émotion, provenant de lettres retrouvées,  lus à une voix, témoignages poignants du quotidien ,  présent ou passé,  d’un jeune couple séparé par la déportation et qui ne se retrouvera jamais. le tout à travers l’histoire d’un peuple qui ne comprend pas pourquoi on s’ acharne sur lui.
Pourtant il faut bien vivre, coûte que coûte.
Des deux amants seule la jeune femme survivra et rentrera au pays.
Des populations déportées  beaucoup mourront, quelques uns essaieront de refaire leur vie sur place,  en Sibérie,
On estime que 10 pour cent de la population est disparue en déportation ou a été victime de la Guerre (joug nazi puis stalinien, plus de cent mille morts et (ou) déportés nous dira l’intervenant).
Enorme traumatisme qui laisse des traces dans toutes les familles.
Sans s’approfondir sur le contexte historique, le film laisse l’horreur  en creux, faisant parfois place à l’humour, à la dérision, c’est à chacun de faire son cinéma, de lui donner sa propre direction suivant sa sensibilité.
C’est aussi la force de cette oeuvre qui nous porte dans nos propres questionnements sur le totalitarisme , son accommodement au quotidien.et en contrepoint, il ressort de ce film un immense souffle poétique, vivifiant , porteur d’espoir, rehaussé d une bande son d’une grande inventivité, composée de purs joyaux musicaux ou sonores, toujours  en phase avec l’image.
Une immense création qui pourrait entrer dans l’Histoire du Cinéma de ce débit de siècle..

Cigarettes et chocolat chaud, de Sophie Reine, le 18 mai 2017

Etre parents, un métier? un sport de haut niveau? des joies et des peines? des rires et des larmes?

Ce thème sera l’objet de notre prochain débat à l’occasion de notre soirée du 18 mai, avec la projection du film de Sophie Reine, Cigarettes et chocolat chaud

Date de sortie 14 décembre 2016 (1h 38min)
De Sophie Reine
Avec Gustave Kervern,  Héloïse DugasCamille Cottin, plus
Genre Comédie
Nationalité Français

Synopsis

Denis Patar est un père aimant mais débordé qui se débat seul avec l’éducation de ses filles, Janis 13 ans et Mercredi 9 ans, deux boulots et une bonne dose de système D. Un soir Denis oublie, une fois de trop, Mercredi à la sortie de l’école. Une enquêtrice sociale passe alors le quotidien de la famille Patar à la loupe et oblige Denis à un « stage de parentalité ». Désormais les Patar vont devoir rentrer dans le rang…

Le débat se déroulera sur le thème « Parents: pas de mode d’emploi!« , avec la participation de Sophie About, psychologue clinicienne et coordonnatrice de l’association « Parents d’Abord », et d’Alexandre Suteau, directeur du centre social de l’Agora à Granville.

Jeudi 18 mai, 20h30

Cinéma Le Select, Granville