Malaka, The Florida project, we blew it, 3 films vus par Jacqueline Théault.

MAKALA d’ Emmanuel GRAS -1 H36 – Festival de Cannes 2017- Grand prix de la semaine de la critique

Au fin fond d’un village du Congo, un jeune père de famille mène une vie misérable. Mais Il a un projet fort : construire sa maison.
Il met son énergie dans la combustion d’arbres afin de produire du charbon qu’il va vendre en ville. Son seul moyen de transport, un vélo sur lequel il place le maximum de sacs.
Le réalisateur filme les étapes à franchir avec un grand réalisme, jour et nuit. Sortir de la brousse, emprunter les routes au risque de se faire tuer, arriver en ville et marchander sa modeste production, tout est durement rendu. Enfin une image de ressource: fréquenter un lieu de prières avant de repartir comme pour aider à maintenir ses rêves…
Un réalisateur qui se révéle talentueux.

THE FLORIDA PROJECT – de Sean Baker 1H52- Américain- Documentaire présenté au Festival de Deauville 2017 – Sélection Fesival de Cannes 2017 – Quinzaine des réalisateurs
Plongée dans l’univers d’un motel, près de Disney World, à Orlando. Là vivent des marginaux dont Moones, 6 ans avec sa mère. Reflets de vie cahotique avec les loyers impayés, les trafics divers et variés mais les envies d’évasion de la petite, habituée à entendre les paroles dures de sa mère, à voir sa mère se comporter avec insolence. Côté comportemental,  Sean Baker nous montre la force de la médiation, incarnée par Willem Dafoe, nous offrant une magnifique leçon de vie en société.

Sean Baker présente l’Amérique des marginaux. Il a réalisé « Tangerine » (24H dans Los Angeles dans un quartier de transexuels).
Sortie le 20 décembre –

WE BLEW IT – Français – Jean-Baptiste THORET- 2H17

Les images donnent une grande force au film. Route 66 avec ses cafés déserts, les villages « morts », les nostalgiques des années 60/70 où  » tout  était possible ». Et même, à Dallas, ceux qui cherchent encore le ou les assassins de J.F.KENNEDY! Ou bien les incontournables restés au temps de Woodstock,  des libertés de toutes sortes. Dans le tableau arrivent également les combattants du Vietnam avec leurs handicaps et ceux de leurs enfants, leurs maladies…
Ce film fut tourné lors de la dernière campagne prédidentielle et THORET nous donne à entendre combien TRUMP représente tellement de changements dans  ces têtes de l’Amérique profonde.
Film sorti le 8 novembre.

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“Ca s’est fait comme ça”, par Yann Le Pennec

« Une histoire de merde » que l’auteur ne renierait sans doute pas, tant le mot et lamatière imprègnent les pages d’une histoire incongrue, extravagante et lumineusepour le lecteur. Histoire d’un enfant qui, rescapé des aiguilles à tricoter de Lilette, sa mère, aurait dû glisser dans les tinettes, mais passe ses premières années dans des chiottes, à ORLY, sous la garde de sa dame-pipi de grand-mère. Un enfant qui, à l’écoute des destinations et des arrivées des longs courriers sait, déjà, qu’il partira,là-bas, que rien, ni personne ne l’empêcheront jamais d’être libre, sans attaches qui puissent le contraindre à céder sur son désir : « Ca s’est fait comme ça » tel est le titre de ce témoignage iconoclaste, intensément dérangeant pour les bonnes consciences des classes moyennes cultivées de notre beau pays qu’il a fui.
Petit chiot livré à la rue, il apprend la vie comme pousse le chiendent sur la merde.
Petite gueule d’ange blond exposé à la lubricité des adultes auxquels il dit son prix, il se livre bientôt aux trafics de cigarettes, d’alcool, de fringues made USA avec les soldats de la base américaine de Châteauroux et se retrouve en prison. Et là, premier regard lumineux tombé du ciel que celui d’un psychologue et première parole irradiante : « tu as des mains de sculpteur».

Artiste, le mot est dit qui, peut-être, n’aurait jamais modelé sa bouche, ni enflammé son esprit. IL porte au cœur de l’adolescent soudain gonflé d’une fierté l’extirpant, un instant, de l’emprise du pognon dont il est entrain de revêtir l’habit et dont il jouira toujours pour le dépenser sans compter.
Pour autant, liberté retrouvée, il poursuit son existence d’homme des bois, sans foi, ni loi, vole des voitures, harcèle et tabasse, suit un profanateur de sépultures bourgeoises, dépouilleur de chaînes en jonc et de bagouses diamanteuses. (Plus tard, il se retrouvera dans le personnage fabuleux de Danton capable de courir au cimetière désenterrer sa femme pour la recoucher dans son lit).

Stature déjà imposante, sa gueule de bûcheron et son nez de boxeur lui confèrent un impact qui emportera bien souvent l’adversité et la morgue de tous ceux qui essaieront de le baiser. A treize ans, il découvre le cinéma, fait de Burt Lancaster son idole ;

Ray Charles le bouleverse :
Son père, le Dédé, lui a aussi appris à sourire, à sourire quand on ne comprend pas, à « faire lisse » pour qu’on cesse de les faire chier, eux, les incultes, les pauvres, les voyageurs sans bagages. Et il séduit, il séduit déjà une toute jeune fille de la bourgeoisie, et sa mère et son père, par on ne sait quelle magie, par quel appétit dévorant de vivre jusqu’à survoler de son sourire toute convenance établie. Par effraction, un soir, il entre au théâtre. S’il ne comprend pas grand-chose au Dom Juan de Molière, il est fasciné, soudain, par la langue, la musique des mots ; il s’achète aussitôt le livret et déclame tout seul. Le jour vient où il saute dans le train de Paris, rencontre un autre homme providentiel qui, au premier regard, croit en ce garçon de dix sept ans, peu recommandable, encore brut et mal dégrossi, mais dont le rire paysan tonitruant et inextinguible semble défier l’espèce humaine et ses turpitudes. La littérature ne cessera plus, alors, de le renforcer dans sa hantise de passer à côté de sa vie, de se voir rejoindre la cohorte de ceux devenus, depuis l’enfance, des rats, des envieux, des méchants. L’interprétation des textes des auteurs soucieux de dire l’indicible, de mettre ces mots sur ce qui le traverse et qui lui auront toujours manqué, le confronte intimement à la noirceur et au sublime, à la beauté et à laideur, à la bonté et à l’ignominie. Et d’emprunter à Nietzsche.
« Deviens ce que tu es, quand tu l’auras appris ».
Depardieu va bouleverser la scène par sa fulgurante tendresse du cœur autant que par sa haine des faux-semblants, des faux-culs qui le persuadent que le monde est faux. Et s’il bouleverse la scène du théâtre et du cinéma, il bouleverse aussi celle du politique. Lui qui ne versera pas de larmes à l’inhumation de Carmet, de Barbara, de Truffaut, mais à la mort de son chat, se prend d’amitié, s’éprend de Poutine, lui aussi venu au monde par miracle et promis au statut de voyou, version hooligan adepte du coup de boule et pisse-partout. Lui qui ne reconnaît aucune dette envers La France à laquelle il a beaucoup donné et beaucoup rapporté, il la quitte refusant de prêter flanc au passé, aux mémoires de merde, à tous ceux , vivants et morts qui n’attendent que cela pour l’assassiner. Il délaisse les français qui ont perdu le sens de la beauté, le sens de la vie et du bonheur parce que gagnés par la peur à laquelle, lui, n’a jamais voulu céder ni concéder quoi que ce soit.
Celui que la lecture du Chant du monde de Giono a très tôt pénétré de l’amour de la vie pour remonter le cours des rivières, traverser sans crainte les forêts, gravir la montagne avec ardeur semble bien vouloir, toujours mu, à 65 ans, par un indéfectible individualisme, poursuivre son chemin sur le fil de sa liberté.

« Entre où tu as envie et accorde toi le soleil. Oublie ta famille et accorde aux inconnus, penche-toi sur les détails, pars où il n’y a personne, dédaigne le malheur, apaise le conflit par ton rire ».
Antisocial, Depardieu…sans doute mais surtout comédien génial et jouisseur habité par une quête anarchique et scandaleuse de liberté .
Yann Le Pennec

Au bord du monde, de Claus Drexel, le 16 novembre 2017

Jeudi 16 novembre 2017

Soirée « Festival des solidarités »

Au bord du monde de Claus Drexel

Soirée avec une dimension double

 

Festival des solidarités

La volonté de notre association de renforcer les liens et de lutter contre l’isolement et le repli sur soi.

La culture et le cinéma comme vecteurs de prise de conscience et de visibilité des « empêchés de » : sans droits, sans toit, sans travail…

Notre association, Ciné Débat Granville, tente d’ouvrir des échanges sur tout ce qui intéresse la vie en société. Cela passe par le regard, la rencontre, la parole et l’écoute…

Aux exclusions générées à tous les niveaux de la vie sociale, nous tentons, modestement, d’œuvrer à une inclusion de tous. Le cinéma, parce qu’il touche au cœur de chacun est un formidable accélérateur de conscience…

 

Mois du film documentaire

Un rendez-vous incontournable pour découvrir des films et échanger ses idées sur le monde…

18ème édition organisé par Images en bibliothèques

 

Il s’agit d’une invitation faite à toutes les structures culturelles, éducatives et sociales, désireuses de promouvoir le cinéma documentaire auprès d’un large public.

 

Ces 2000 lieux participent à un projet commun en organisant des projections accompagnées de rencontres, expositions, ateliers, colloques, concerts…

 

Le Mois du film documentaire se passe dans 700 bibliothèques, 350 cinémas, plus d’une centaine d’écoles, collèges, lycées et universités, plus de 500 établissements culturels et associations et une centaine de structures sociales.

 

A Granville, des Rendez-vous ont été proposés au Centre social l’Agora et à la Médiathèque. Et bien sur au cinéma ce soir…

 

Notre association considère le documentaire comme une forme majeure de cinéma. Les plus grands s’y essaient et nous avons présenté leurs œuvres dans cette salle : Wim Wenders, avec « Le sel de la Terre » ou Agnès Varda avec JR et « Visages villages »  qui vient de recevoir un Oscar d’honneur…

 

Le choix du documentaire, c’est le plaisir de découvrir des talents moins connus… Ne nous y trompons pas ; quand nous voyons des films comme « L’Opéra » en juin dernier, ou le film de ce soir, nous voyons du cinéma avec un C majuscule…

 

Alors vive le doc et le mois du doc !

Au bord du monde de Claus Drexel

Date de sortie 22 janvier 2014 (1h 38min)
De Claus Drexel
Avec acteurs inconnus
GenreDocumentaire
Nationalité: Français
Paris, la nuit. C’est ici que vivent Jeni, Wenceslas, Christine, Pascal et les autres. Sans-abri, ils hantent trottoirs, ponts et couloirs du métro, au bord d’un monde où la société ne protège plus. Ils nous font face, ils nous parlent.

Le film a été présenté au Festival de Cannes 2013 et sorti en salles en 2014. Il a été nommé pour le Prix Louis-Delluc 2014.

« Un film remarquable de noblesse et d’humanité » Le figaroscope

JEUDI 16 NOVEMBRE 2017,  20H30

Cinéma le Select, Granville

Suivi d’un échange: « Exclusion: fatalité, liberté »