Le lycée de La Morandière au festival cinéma de La Roche sur Yon, par Yann Le Jossic

0001 (12)

Publicités

Cold war, par Yves Bertault

De Pawel Pawlikowski

(Pol/GB 2018)

Pendant la guerre froide, entre la Pologne stalinisée et Paris bohème des années 50, un musicien épris de liberté et une jeune paysanne devenue chanteuse vivent un amour impossible dans une époque impossible

Très grand film qui nous conduit au «cœur » d’une histoire d’amour entre deux mondes pas si hermétiques que ça. Mais tellement différents, à l’image de Viktor et Zula ; lui plus facilement adaptable et elle plus attachée à ses origines qui ne trouvera à l’Ouest que stress et autodestruction. Cette petite différence aura de grandes conséquences sur leur passion et leur vie…

Le réalisateur a fait, comme dans son précédent film, « Ida »,  le choix d’une narration sous forme de tableaux dans un noir et blanc magnifique, avec deux acteurs principaux magnétiques.  Au spectateur de combler les ellipses du récit.

Un fond historique et politique prégnant, mais pas surexposé ; là encore au spectateur de resituer les choses ; la vie et les revers des sentiments et des évènements intimes pouvant être regardés et perçus immédiatement par tous.

Bien sur on est intéressé par le contexte et la construction d’un appareil de propagande via un réemploi du folklore polonais par l’appareil stalinien (la scène saisissante ou le commissaire politique propose l’éviction d’une danseuse trop brune et pas assez slave !), la perméabilité qui finit par ouvrir le « bloc » aux évolutions et révolutions musicales de « l’occident capitaliste », mais on est surtout saisi par l’enjeu sentimental et vital et cet amour qui aurait pu être possible si…

En ce sens Cold War, par la description de cet amour empêché, a une portée universelle qui nous saisit !

Yves Berthault

 

 

Cold war, par Jean Luc Dubouis

 

Mis en scène par Pawel Pawlikowski ( auteur entre autres de Ida )

Dans le contexte de la guerre froide le film décrit le face à face amoureux d’un couple de musiciens, entre la Pologne , la Yougoslavie , Berlin et Paris , dans les années 50 .

La force du film tient à sa mise en scène éblouissante, utilisant le noir et blanc et le format 4/3 qui collent parfaitement à l’atmosphère oppressante de ces années là.

La photo est bluffante mettant en avant dans un savant clair-obscur les gros plans des visages et faisant de chaque scène un tableau .

L’intrigue s’étend sur une  vingtaine d’années , en une succession  de scènes elliptiques séparées par un plan noir alors que commence la musique de la scène suivante , musique qui n’est d’ailleurs pas en reste : folklorique au début, jazzy par la suite.

Le contraste entre l’amour fou de Julia et Wictor , déconnecté de la réalité et de la noirceur de l’époque est parfaitement mis en valeur par le jeu de Joanna Kulig (Zula ) et Tomasz Kit ( Wictor ) et le formalisme de la photo.

Il y a de « l’insoutenable légèreté de l’être «  dans ce film…

Jean-Luc Dubouis

Samouni road, par Daniel Gandanger

SAMOUNI ROAD

De Stefano Savona (Italie) 2h08 Sortie 7 nov 2018

Présenté à Cannes Quinzaine des Réalisateurs.

Distributeur Jour 2fête.

 

Le Palermitain Stefano Savona avait défrayé la chronique en 2011, avec l’extraordinaire « Tahir, place de la Libération » sur la révolution égyptienne, que j’avais eu la chance de voir à Bayeux au festival des reporters de guerre.

Samouni Road se passe à Gaza et dans sa périphérie rurale.

Il dresse le portrait d’une famille, la famille Samouni

Ce film documentaire a une puissance artistique, humaine et politique  au-delà de sa dimension cinématographique.

Sa particularité est de ponctuer les prises de vue réelles par des scènes d’animation d’une grande beauté graphique, jamais morbides, qui consistent à recréer les souvenirs des survivants des massacres de populations civiles menées au cours l’opération « Plomb durci » en 2014.

La dimension poétique du film, la place de l’arbre, symbole, l’intemporalité qui se dégage de la dignité des personnes et des enfants, font que ce film ne tombe jamais dans le manichéisme ;

L’ennemi n’apparaît jamais en premier plan. On voit les désastres matériels de la guerre, mais ressort la volonté d’un peuple de garder sa dignité coûte que coûte, malgré le désespoir qui guette.

Viennent se joindre des images de synthèse, avec voix en off sur les ordres donnés aux mercenaires israéliens, reconstituant à partir de documents réels, des interventions militaires pouvant être estimées comme de véritables crimes de guerre (comme si nous étions derrière un fusil à lunette, chassant le gibier).

Le film se termine par une scène de mariage.  Et de fête.

L’espoir reste.

La vie toujours la vie.

Un film dont on ne ressort pas indemne et qui nous laisse face à nos responsabilités.

En pleine actualité avec les décisions Trumpiennes de retraits des financements américains à Gaza et en Palestine. Et la passivité occidentale.

D.Gandanger

ps : cette merveille, vu à Lussas par l’équipe Ciné Villedieu, devrait être programmée au prochain festival Doc Doc Doc, (à confirmer)

De chaque instant, par Daniel Gandanger

Un film de Nicolas Philibert (1h45)

(sortie 29 août 2018)

 

UN DOCUMENTAIRE SANS FIORITURES 

MOINS CONVENTIONNEL QU IL N’EN A L’AIR

 

Contexte :

La France compte plus de 330 Instituts de Formation en Soins Infirmiers.(IFSI)

Comme celui de Granville, ils sont souvent rattachés à un centre hospitalier.

Le film est tourné à l’IFSI de la Croix-Saint Simon à Montreuil.(une petite école : 90 élèves, de toutes classes sociales). Cet établissement  dépend d’une Fondation. A ce titre c’est un établissement privé reconnu d’utilité publique.

Nicolas Philibert a eu le déclic de ce film, un hommage aux personnels soignants, suite à une embolie qui l’a mené dans un service de soins intensifs.

 

Le film.

Bande son volontairement dépouillée, quasiment sans musique.

Un documentaire de type classique, construit en trois parties (les trois années de formation comprennent six stages, un par semestre)) .

Trois parties bien distinctes gagnant progressivement en intensité. La linéarité temporelle est respectée sans aller retour

On ressent dès le début une dynamique de groupe, aucun élève n’est traité ou mis en valeur en particulier.

Un des côtés  qui m’ont plu dans ce film,  c’est la manière d’aborder la grande diversité culturelle de cette école et aussi de mettre en valeur , voire démystifier ce métier avant tout féminin mais aussi attirant des hommes.

Trois exemples :

Un élève parle librement du Ramadan qu’il vit intensément dans son milieu et qu’il doit concilier avec ses études.

Un autre de la relation aux personnes âgées dans ses traditions familiales africaines.

La scène de l’accouchement dans la première partie, est un moment d’anthologie ;  c’est un homme, avec un vagin postiche, qui met au monde  le bébé mannequin. Enorme.

Moment plein d’humour mais pas anodin.

Des séquences révélatrices et salutaires par ces temps de repli identitaire et d’intolérance à la différence .

 

Construction.

La première partie est axée  sur l’apprentissage , la théorie, et la transmission de savoir des soignants formateurs vers les élèves. C’est le côté plutôt technique.

On s’aperçoit que le geste le plus banal , paraissant pour nous le plus simple doit être maîtrisé  pour éviter l’erreur lourde de conséquence.

On ressent déjà la motivation et l’émergence des personnalités.

La deuxième , sur les stages et la mise en application «  sur le terrain » des connaissances acquises.

On ressent le trouble, les angoisses des élèves dans l’approche de la réalité de leur métier

Leur relation avec les malades est un côté intéressant de cette séquence.

La troisième partie, la plus forte à mon sens, rassemble des témoignages très émouvants où les élèves racontent leur parcours , leurs expériences en face à face avec les formateurs, cadres de santé.

On va vers le dénouement du stage, vers l’acquisition du diplôme. C’est l’heure du bilan.

C’est ici , dans ces échanges, d’une grande humanité, que ressort la motivation des élèves : l’amour de leur métier

Des moments très émouvants ressortent .

Conclusion

On pourrait regretter qu’ à aucun moment le film ne laisse transparaître directement le malaise du milieu hospitalier.

Le réalisateur , c’est un parti pris, ne veux pas asséner.

La dimension politique reste toutefois présente en creux.

Nicolas Philibert laisse au public le soin d’en saisir la réalité.

Une autre subtilité de cette œuvre intéressante.

 

Daniel Gandanger

Ciné Débat Granville

GUY : « Chapeau l’artiste ! », par Dominique Adam

Film d’Alex Lutz, français

(Sortie prévue le 29 août 2018)

 

« Guy » est un film réalisé par Alex LUTZ et dans lequel il joue le rôle principal, à savoir celui de Guy Jamet, un chanteur français qui a eu du succès dans les années 60 à 90. Quand on sait que l’acteur n’a que 39 ans on est ébahi par la transformation physique dont il s’est rendu capable, tâches sur le visage, cheveux blancs, bouche un peu pendante et démarche mal assurée car Guy a eu sans doute un AVC.

Le scénario raconte l’histoire de Gauthier, un jeune journaliste, dont la mère, ex-fan du chanteur, lui apprend que celui-ci est sans doute son père. Afin de le rencontrer et le connaître, Gauthier se propose de faire un documentaire sur Guy Jamet.

Au départ ce dernier est désarmant de comportements de « vieux beauf » et de superficialité…. à moins que l’on soit intéressé par l’efficacité de la laque Elnett dont il ne cesse de vanter les mérites en peignant avec délectation sa chevelure argentée. Et, je dois dire, que, bien que j’aie souvent ri, je me demandais un peu ce que je faisais là et où ce film allait nous emmener.

Mais, un retour de situation le fait lâcher prise et nous permet de découvrir un homme un peu désabusé, mais plus profond et tendre qu’il n’en a l’air, qui confie avec émotion sa peur du temps qui passe, de l’échéance inévitable, de sa relation avec son fils (un autre que Gauthier) sur laquelle il s’interroge… Et, finalement, on dit « chapeau l’artiste » !

Dominique Adam

DILILI A PARIS ou LE « GIRL POWER » DES LA BELLE EPOQUE ?par Yann Le Jossic

Film d’animation frnçais de Michel Ocelot, 1h35, sortira en octobre 2018

Après « Azur et Asmar », Michel Ocelot nous offrira en 1h35 le 10 octobre prochain un nouvel hymne à la tolérance porté par sa maîtrise toujours parfaite de l’animation alliant contenu et poésie.

En suivant les pérégrinations de la petite Dilili venue de la lointaine Nouvelle-Calédonie, ce passeur d’images déjà réalisateur des « Filles de l’égalité » dès 1981 nous promène dans un Paris rêvé de La belle époque et se retourne en quelques clins d’œil sur son œuvre passée : la scène initiale -digne de « Cannibale » de Daenincks- nous fait croire à un « Kirikou 3 » et les beaux habits immaculés de la fillette métisse nous font songer à « Princes et princesses ».

PARIS, VILLE LUMIERE

S’appuyant sur les clichés des représentations passées et actuelles sur l’autre et l’ailleurs, ce jeune homme de 74 ans sait réveiller en nous la part d’enfance pour suivre une petite Kanake aussi polie que déterminée dans le Paris de 1907. A cette date, Paris est à la tête d’un vaste empire outre-mer qui est fier de montrer sa puissance et son sentiment de « supériorité de civilisation, sinon de race » par l’exposition coloniale à Vincennes ; mais c’est aussi la capitale d’une République qui pense, qui innove, qui attire les artistes et les scientifiques du monde entier.

LIBERTE, EGALITE, PARITE

Au-delà de l’enquête menée par Dilili et son ami triporteur pour savoir ce que sont devenues des fillettes disparues, Ocelot interroge sans doute moins le passé d’un occident du début du XXe siècle bousculé par les femmes modernes rencontrées : une chanteuse d’opéra Emma Calvé, un génie des sciences Marie Curie ou une future écrivaine Colette mais celui d’une planète actuelle où les reculs sur les droits conquis de haute lutte par les féministes apparues entre temps sont légion. En effet couvrir les femmes de noir des pieds à la tête et s’asseoir sur leur corps n’est pas sans nous renvoyer au rabaissement de la moitié de l’humanité dans tant de contrées de tout continent.

LE PLAISIR CONTRE LA DIDACTIQUE

D’aucuns diront que le propos est attendu, que la politesse de Dilili est exaspérante, que les rencontres des artistes et innovateurs de 1907 sont aussi prévisibles… qu’un scénario de Luc Besson, que l’histoire est plus didactique que cinématographique dans un Paris de carte postale ;

à ces pisse-froid de la critique, j’opposerai simplement le bonheur d’aller voir de 7 à 77 ans un film magnifique dont les différents niveaux de lecture permettent à chaque membre de la famille de passer 1h37 d’émerveillement qui doit mener ensuite au partage et à la réflexion.

Yann Le Jossic, vice- président de Ciné-Débat Granville

 

Seul l’art…, par Yann Le Pennec

 

A l’occasion du film La Passion Van Gogh, de  Hugh Welchman · Dorota Kobiela

 

Qui naît dans l’ombre  s’invente des lumières

Et des chemins plus lointains que l’étoile

A jamais éteinte quand elle brille à nos yeux.

La nuit  des temps veillait encore sur les songes

Quand les dieux ont jeté des encres sur les rêves

Avant que s’effondrent les derniers mystères.

Ne  pas craindre la part aveugle de l’obscurité

Le silence complice y double les ténèbres

L’avenir s’y donne et sourit un instant.

Une allumette soudain dévorée par le feu

Dévoile les cieux  où naissent les mirages,

Les vertiges où  s’alarment les lumières.

Les rêves, dans les flaques de clair-obscur

Prennent les couleurs  des chants d’oiseaux,

Ils traversent en silence les masques aveugles

Et s’en vont troubler le ciel des peintures.

Seul l’art a le pouvoir suprême d’arracher

Au silence la mémoire du prisonnier inconnu,

Et la souffrance à l’abîme pour disputer aux ténèbres

L’ombre dans la lumière et la lumière de l’ombre

Et ouvrir au visible les magnitudes de l’invisible.

 

 

 

 

 

 

 

Une révolution silencieuse, par Yann Le Pennec

Allemand, Russe, réalisé par Lars Kraume, 1h51

Une simple minute de silence dans une classe d’un lycée de l’Allemagne de l’Est quelques années avant la construction du Mur fait évènement dans la vie de jeunes gens.

Cet acte de protestation qui excède « l’esprit de contradiction sain » que les agents du système politique, jusqu’au ministre de l’Intérieur, sont prêts à concéder à la jeunesse consacre précisément la fonction du cinéma comme prise de conscience du monde et ouverture à ce qu’est la politique, le politique, en vérité.

Deux élèves mineurs ont découvert, en s’introduisant dans une salle, des images de l’invasion des chars soviétiques à Budapest appelés à écraser la révolution hongroise en 1953. L’émotion ressentie et communiquée à leurs camarades va déclencher la machinerie répressive du système politique, jusqu’à traquer les mémoires de familles ayant eu à faire avec le nazisme pour repérer, isoler et anéantir les meneurs

Film glaçant, sans doute, bousculant la mémoire européenne, mobilisant une histoire traversant les générations, mettant en scène toutes meurtrissures et des flétrissures de l’âme humaine quand elles rencontrent la violence de l’ Etat.  Heureusement, des adolescents font la douloureuse expérience collective de la lutte et de la résistance à l’indignité.

Message universel et éternel que celui de ce film sollicitant l’insurrection des consciences individuelles pour la vérité et la justice et tenter chaque jour, de sauver le monde de la servitude et du désespoir. Et si le film nous glace, en même temps qu’il donne confiance en la jeunesse, c’est que nous savons que la machinerie mortifère qu’expose La révolution silencieuse peut être mobilisée à des degrés divers dans les institutions de la démocratie libérale pour traquer et réduire ceux et celles qui font acte de rébellion et de résistance.

Yann Le Pennec

15/06/2018

Faites du bruit pour « La révolution silentieuse »! par Yann Le Jossic

Un film de Lars Kraume

Allemand Russe, 1h 51

Décidément le cinéma allemand parvient à se singulariser pour filmer efficacement le « peuple adolescent » (dixit Patrick Rotman) face aux manipulations et aux pressions des adultes : enseignants ou parents au service d’un système oppresseur et liberticide ou opposants disqualifiés face à cette dictature.

Après « La vague » de Denis Gansel en 2008, Lars Kraume 45 ans dans ce long-métrage d’1h58 nous plonge habilement dans un drame tiré d’une histoire vraie qui revisite l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe via le destin d’une classe de Terminale rebelle.

Ce film, librement adapté du récit autobiographique de Dietrich Garstka, « La classe silencieuse », se veut un hommage à « la jeunesse, la liberté d’expression, la solidarité et le courage face à la tyrannie », explique le réalisateur allemand à l’AFP.

Cette classe pourtant composée en apparence de jeunes socialistes modelés par la R.D.A  ose en effet protester contre la répression soviétique de la révolution à Budapest en octobre 1956.

Les deux minutes de silence observées par ces lycéens membres de la très officielle et si mal-nommée « Jeunesse Libre Allemande » en début de cours -qui tiennent pourtant autant à l’admiration du formidable footballeur hongrois Ferenc Puskas soi-disant tué mais en fait passé à l’Ouest- sont l’élément déclencheur du kafkaïen appareil de répression étatique contre ces jeunes jugés dès lors comme contre-révolutionnaires.

Au-delà de l’affaire, le réalisateur veut décrire les années 50 en Allemagne de l’Est, une période très peu abordée au cinéma, « car coincée entre la Deuxième Guerre mondiale et les révoltes étudiantes des années 60-70 » et j’ajouterais à la croisée de son histoire entre les émeutes réprimées en juin 1953 et l’érection du mur cernant Berlin-Ouest en août 1961. Lars Kraume s’était déjà intéressé à cette décennie dans son précédent et déjà indispensable film « Fritz Bauer, un héros allemand ».

« C’est un moment passionnant où la société allemande se transforme pour passer du régime nazi à quelque chose de nouveau », ajoute-t-il.

A travers un scénario habile qui sert de trame à un thriller historique, le spectateur est mis en situation de ressentir l’atmosphère étouffante de la guerre froide dans cet univers urbain qui est gris comme l’est chaque personnage traité dans son individualité : ni vrai héros, ni complet salaud avec ses fêlures, ses doutes, ses lâchetés, ses compromis…

Le réalisateur a d’ailleurs choisi comme lieu de tournage Eisenhüttenstadt, nouveau nom de l’ancienne Stalinstadt, une ville modèle, entièrement pensée pour les ouvriers de la sidérurgie, à la pointe de la modernité en 1956.

Filmant à hauteur d’homme, Kraume interroge chacun sur les choix qu’il aurait été amené à faire en tant que jeune, parent, enseignant, proviseur, ministre en ces temps où la délation était encouragée, le père seul décideur dans la famille, la femme infériorisée, l’homosexualité criminalisée, l’anarchisme toujours réprimé, l’enseignement instrumentalisé, la propagande omniprésente au « pays du mensonge déconcertant » comme l’écrivait Ante Ciliga mais aussi à l’Ouest.

Les jeunes acteurs sont formidables de sincérité et les adultes très crédibles sont tous joués par des acteurs qui ont grandi en RDA, la palme revenant peut-être au Jean Gabin allemand Ronald Zehrfeld très convaincant père ouvrier soucieux d’élévation sociale de son fils Théo via un baccalauréat à obtenir mais aussi moyen de chantage exercé par l’administration scolaire.

 

En conclusion, ne passez pas sous silence cette révolution en vivant cette leçon d’histoire transmise par une mise en scène très maîtrisée.

Yann Le Jossic