De chaque instant, par Daniel Gandanger

Un film de Nicolas Philibert (1h45)

(sortie 29 août 2018)

 

UN DOCUMENTAIRE SANS FIORITURES 

MOINS CONVENTIONNEL QU IL N’EN A L’AIR

 

Contexte :

La France compte plus de 330 Instituts de Formation en Soins Infirmiers.(IFSI)

Comme celui de Granville, ils sont souvent rattachés à un centre hospitalier.

Le film est tourné à l’IFSI de la Croix-Saint Simon à Montreuil.(une petite école : 90 élèves, de toutes classes sociales). Cet établissement  dépend d’une Fondation. A ce titre c’est un établissement privé reconnu d’utilité publique.

Nicolas Philibert a eu le déclic de ce film, un hommage aux personnels soignants, suite à une embolie qui l’a mené dans un service de soins intensifs.

 

Le film.

Bande son volontairement dépouillée, quasiment sans musique.

Un documentaire de type classique, construit en trois parties (les trois années de formation comprennent six stages, un par semestre)) .

Trois parties bien distinctes gagnant progressivement en intensité. La linéarité temporelle est respectée sans aller retour

On ressent dès le début une dynamique de groupe, aucun élève n’est traité ou mis en valeur en particulier.

Un des côtés  qui m’ont plu dans ce film,  c’est la manière d’aborder la grande diversité culturelle de cette école et aussi de mettre en valeur , voire démystifier ce métier avant tout féminin mais aussi attirant des hommes.

Trois exemples :

Un élève parle librement du Ramadan qu’il vit intensément dans son milieu et qu’il doit concilier avec ses études.

Un autre de la relation aux personnes âgées dans ses traditions familiales africaines.

La scène de l’accouchement dans la première partie, est un moment d’anthologie ;  c’est un homme, avec un vagin postiche, qui met au monde  le bébé mannequin. Enorme.

Moment plein d’humour mais pas anodin.

Des séquences révélatrices et salutaires par ces temps de repli identitaire et d’intolérance à la différence .

 

Construction.

La première partie est axée  sur l’apprentissage , la théorie, et la transmission de savoir des soignants formateurs vers les élèves. C’est le côté plutôt technique.

On s’aperçoit que le geste le plus banal , paraissant pour nous le plus simple doit être maîtrisé  pour éviter l’erreur lourde de conséquence.

On ressent déjà la motivation et l’émergence des personnalités.

La deuxième , sur les stages et la mise en application «  sur le terrain » des connaissances acquises.

On ressent le trouble, les angoisses des élèves dans l’approche de la réalité de leur métier

Leur relation avec les malades est un côté intéressant de cette séquence.

La troisième partie, la plus forte à mon sens, rassemble des témoignages très émouvants où les élèves racontent leur parcours , leurs expériences en face à face avec les formateurs, cadres de santé.

On va vers le dénouement du stage, vers l’acquisition du diplôme. C’est l’heure du bilan.

C’est ici , dans ces échanges, d’une grande humanité, que ressort la motivation des élèves : l’amour de leur métier

Des moments très émouvants ressortent .

Conclusion

On pourrait regretter qu’ à aucun moment le film ne laisse transparaître directement le malaise du milieu hospitalier.

Le réalisateur , c’est un parti pris, ne veux pas asséner.

La dimension politique reste toutefois présente en creux.

Nicolas Philibert laisse au public le soin d’en saisir la réalité.

Une autre subtilité de cette œuvre intéressante.

 

Daniel Gandanger

Ciné Débat Granville

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GUY : « Chapeau l’artiste ! », par Dominique Adam

Film d’Alex Lutz, français

(Sortie prévue le 29 août 2018)

 

« Guy » est un film réalisé par Alex LUTZ et dans lequel il joue le rôle principal, à savoir celui de Guy Jamet, un chanteur français qui a eu du succès dans les années 60 à 90. Quand on sait que l’acteur n’a que 39 ans on est ébahi par la transformation physique dont il s’est rendu capable, tâches sur le visage, cheveux blancs, bouche un peu pendante et démarche mal assurée car Guy a eu sans doute un AVC.

Le scénario raconte l’histoire de Gauthier, un jeune journaliste, dont la mère, ex-fan du chanteur, lui apprend que celui-ci est sans doute son père. Afin de le rencontrer et le connaître, Gauthier se propose de faire un documentaire sur Guy Jamet.

Au départ ce dernier est désarmant de comportements de « vieux beauf » et de superficialité…. à moins que l’on soit intéressé par l’efficacité de la laque Elnett dont il ne cesse de vanter les mérites en peignant avec délectation sa chevelure argentée. Et, je dois dire, que, bien que j’aie souvent ri, je me demandais un peu ce que je faisais là et où ce film allait nous emmener.

Mais, un retour de situation le fait lâcher prise et nous permet de découvrir un homme un peu désabusé, mais plus profond et tendre qu’il n’en a l’air, qui confie avec émotion sa peur du temps qui passe, de l’échéance inévitable, de sa relation avec son fils (un autre que Gauthier) sur laquelle il s’interroge… Et, finalement, on dit « chapeau l’artiste » !

Dominique Adam

DILILI A PARIS ou LE « GIRL POWER » DES LA BELLE EPOQUE ?par Yann Le Jossic

Film d’animation frnçais de Michel Ocelot, 1h35, sortira en octobre 2018

Après « Azur et Asmar », Michel Ocelot nous offrira en 1h35 le 10 octobre prochain un nouvel hymne à la tolérance porté par sa maîtrise toujours parfaite de l’animation alliant contenu et poésie.

En suivant les pérégrinations de la petite Dilili venue de la lointaine Nouvelle-Calédonie, ce passeur d’images déjà réalisateur des « Filles de l’égalité » dès 1981 nous promène dans un Paris rêvé de La belle époque et se retourne en quelques clins d’œil sur son œuvre passée : la scène initiale -digne de « Cannibale » de Daenincks- nous fait croire à un « Kirikou 3 » et les beaux habits immaculés de la fillette métisse nous font songer à « Princes et princesses ».

PARIS, VILLE LUMIERE

S’appuyant sur les clichés des représentations passées et actuelles sur l’autre et l’ailleurs, ce jeune homme de 74 ans sait réveiller en nous la part d’enfance pour suivre une petite Kanake aussi polie que déterminée dans le Paris de 1907. A cette date, Paris est à la tête d’un vaste empire outre-mer qui est fier de montrer sa puissance et son sentiment de « supériorité de civilisation, sinon de race » par l’exposition coloniale à Vincennes ; mais c’est aussi la capitale d’une République qui pense, qui innove, qui attire les artistes et les scientifiques du monde entier.

LIBERTE, EGALITE, PARITE

Au-delà de l’enquête menée par Dilili et son ami triporteur pour savoir ce que sont devenues des fillettes disparues, Ocelot interroge sans doute moins le passé d’un occident du début du XXe siècle bousculé par les femmes modernes rencontrées : une chanteuse d’opéra Emma Calvé, un génie des sciences Marie Curie ou une future écrivaine Colette mais celui d’une planète actuelle où les reculs sur les droits conquis de haute lutte par les féministes apparues entre temps sont légion. En effet couvrir les femmes de noir des pieds à la tête et s’asseoir sur leur corps n’est pas sans nous renvoyer au rabaissement de la moitié de l’humanité dans tant de contrées de tout continent.

LE PLAISIR CONTRE LA DIDACTIQUE

D’aucuns diront que le propos est attendu, que la politesse de Dilili est exaspérante, que les rencontres des artistes et innovateurs de 1907 sont aussi prévisibles… qu’un scénario de Luc Besson, que l’histoire est plus didactique que cinématographique dans un Paris de carte postale ;

à ces pisse-froid de la critique, j’opposerai simplement le bonheur d’aller voir de 7 à 77 ans un film magnifique dont les différents niveaux de lecture permettent à chaque membre de la famille de passer 1h37 d’émerveillement qui doit mener ensuite au partage et à la réflexion.

Yann Le Jossic, vice- président de Ciné-Débat Granville

 

Seul l’art…, par Yann Le Pennec

 

A l’occasion du film La Passion Van Gogh, de  Hugh Welchman · Dorota Kobiela

 

Qui naît dans l’ombre  s’invente des lumières

Et des chemins plus lointains que l’étoile

A jamais éteinte quand elle brille à nos yeux.

La nuit  des temps veillait encore sur les songes

Quand les dieux ont jeté des encres sur les rêves

Avant que s’effondrent les derniers mystères.

Ne  pas craindre la part aveugle de l’obscurité

Le silence complice y double les ténèbres

L’avenir s’y donne et sourit un instant.

Une allumette soudain dévorée par le feu

Dévoile les cieux  où naissent les mirages,

Les vertiges où  s’alarment les lumières.

Les rêves, dans les flaques de clair-obscur

Prennent les couleurs  des chants d’oiseaux,

Ils traversent en silence les masques aveugles

Et s’en vont troubler le ciel des peintures.

Seul l’art a le pouvoir suprême d’arracher

Au silence la mémoire du prisonnier inconnu,

Et la souffrance à l’abîme pour disputer aux ténèbres

L’ombre dans la lumière et la lumière de l’ombre

Et ouvrir au visible les magnitudes de l’invisible.

 

 

 

 

 

 

 

Une révolution silencieuse, par Yann Le Pennec

Allemand, Russe, réalisé par Lars Kraume, 1h51

Une simple minute de silence dans une classe d’un lycée de l’Allemagne de l’Est quelques années avant la construction du Mur fait évènement dans la vie de jeunes gens.

Cet acte de protestation qui excède « l’esprit de contradiction sain » que les agents du système politique, jusqu’au ministre de l’Intérieur, sont prêts à concéder à la jeunesse consacre précisément la fonction du cinéma comme prise de conscience du monde et ouverture à ce qu’est la politique, le politique, en vérité.

Deux élèves mineurs ont découvert, en s’introduisant dans une salle, des images de l’invasion des chars soviétiques à Budapest appelés à écraser la révolution hongroise en 1953. L’émotion ressentie et communiquée à leurs camarades va déclencher la machinerie répressive du système politique, jusqu’à traquer les mémoires de familles ayant eu à faire avec le nazisme pour repérer, isoler et anéantir les meneurs

Film glaçant, sans doute, bousculant la mémoire européenne, mobilisant une histoire traversant les générations, mettant en scène toutes meurtrissures et des flétrissures de l’âme humaine quand elles rencontrent la violence de l’ Etat.  Heureusement, des adolescents font la douloureuse expérience collective de la lutte et de la résistance à l’indignité.

Message universel et éternel que celui de ce film sollicitant l’insurrection des consciences individuelles pour la vérité et la justice et tenter chaque jour, de sauver le monde de la servitude et du désespoir. Et si le film nous glace, en même temps qu’il donne confiance en la jeunesse, c’est que nous savons que la machinerie mortifère qu’expose La révolution silencieuse peut être mobilisée à des degrés divers dans les institutions de la démocratie libérale pour traquer et réduire ceux et celles qui font acte de rébellion et de résistance.

Yann Le Pennec

15/06/2018

Faites du bruit pour « La révolution silentieuse »! par Yann Le Jossic

Un film de Lars Kraume

Allemand Russe, 1h 51

Décidément le cinéma allemand parvient à se singulariser pour filmer efficacement le « peuple adolescent » (dixit Patrick Rotman) face aux manipulations et aux pressions des adultes : enseignants ou parents au service d’un système oppresseur et liberticide ou opposants disqualifiés face à cette dictature.

Après « La vague » de Denis Gansel en 2008, Lars Kraume 45 ans dans ce long-métrage d’1h58 nous plonge habilement dans un drame tiré d’une histoire vraie qui revisite l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe via le destin d’une classe de Terminale rebelle.

Ce film, librement adapté du récit autobiographique de Dietrich Garstka, « La classe silencieuse », se veut un hommage à « la jeunesse, la liberté d’expression, la solidarité et le courage face à la tyrannie », explique le réalisateur allemand à l’AFP.

Cette classe pourtant composée en apparence de jeunes socialistes modelés par la R.D.A  ose en effet protester contre la répression soviétique de la révolution à Budapest en octobre 1956.

Les deux minutes de silence observées par ces lycéens membres de la très officielle et si mal-nommée « Jeunesse Libre Allemande » en début de cours -qui tiennent pourtant autant à l’admiration du formidable footballeur hongrois Ferenc Puskas soi-disant tué mais en fait passé à l’Ouest- sont l’élément déclencheur du kafkaïen appareil de répression étatique contre ces jeunes jugés dès lors comme contre-révolutionnaires.

Au-delà de l’affaire, le réalisateur veut décrire les années 50 en Allemagne de l’Est, une période très peu abordée au cinéma, « car coincée entre la Deuxième Guerre mondiale et les révoltes étudiantes des années 60-70 » et j’ajouterais à la croisée de son histoire entre les émeutes réprimées en juin 1953 et l’érection du mur cernant Berlin-Ouest en août 1961. Lars Kraume s’était déjà intéressé à cette décennie dans son précédent et déjà indispensable film « Fritz Bauer, un héros allemand ».

« C’est un moment passionnant où la société allemande se transforme pour passer du régime nazi à quelque chose de nouveau », ajoute-t-il.

A travers un scénario habile qui sert de trame à un thriller historique, le spectateur est mis en situation de ressentir l’atmosphère étouffante de la guerre froide dans cet univers urbain qui est gris comme l’est chaque personnage traité dans son individualité : ni vrai héros, ni complet salaud avec ses fêlures, ses doutes, ses lâchetés, ses compromis…

Le réalisateur a d’ailleurs choisi comme lieu de tournage Eisenhüttenstadt, nouveau nom de l’ancienne Stalinstadt, une ville modèle, entièrement pensée pour les ouvriers de la sidérurgie, à la pointe de la modernité en 1956.

Filmant à hauteur d’homme, Kraume interroge chacun sur les choix qu’il aurait été amené à faire en tant que jeune, parent, enseignant, proviseur, ministre en ces temps où la délation était encouragée, le père seul décideur dans la famille, la femme infériorisée, l’homosexualité criminalisée, l’anarchisme toujours réprimé, l’enseignement instrumentalisé, la propagande omniprésente au « pays du mensonge déconcertant » comme l’écrivait Ante Ciliga mais aussi à l’Ouest.

Les jeunes acteurs sont formidables de sincérité et les adultes très crédibles sont tous joués par des acteurs qui ont grandi en RDA, la palme revenant peut-être au Jean Gabin allemand Ronald Zehrfeld très convaincant père ouvrier soucieux d’élévation sociale de son fils Théo via un baccalauréat à obtenir mais aussi moyen de chantage exercé par l’administration scolaire.

 

En conclusion, ne passez pas sous silence cette révolution en vivant cette leçon d’histoire transmise par une mise en scène très maîtrisée.

Yann Le Jossic

La passion Van Gogh, de Dorota Kobiela, Hugh Welchman, lundi 25 juin 2018

Pour notre dernière soirée avant l’été, Ciné-Débat abordera le thème de l’art en l’illustrant par le film « La passion Van Gogh. Ce film d’animation  est le premier long métrage entièrement peint à la main, alliant pour la première fois l’art de la peinture avec celui du cinéma pour animer les toiles de Van Gogh. Sa réalisation fut un pari fou auquel ont participé 90 artistes professionnels venus du monde entier, dont le résultat séduit tant par sa technique que par son récit.

Date de sortie 11 octobre 2017 (1h 35min)
De Dorota Kobiela, Hugh Welchman
Avec Pierre Niney, Gérard Boucaron, Chloé Berthier
Genres Animation, Biopic
Nationalités Britannique, Polonais

SYNOPSIS

Paris, été 1891, Armand Roulin est chargé par son père, le facteur Joseph Roulin, de remettre en mains propres une lettre au frère de Vincent van Gogh, Theo. En effet, la nouvelle du suicide du peintre vient de tomber. Armand, peu enchanté par l’amitié entre son père et l’artiste, n’est pas franchement ravi par sa mission. À Paris, le frère de Van Gogh est introuvable. Le jeune homme apprend alors par Père Tanguy, le marchand de couleurs du peintre, que Theo, visiblement anéanti par la disparition de son frère aîné, ne lui a survécu que quelques mois. Comprenant qu’il a sans doute mal jugé Vincent, Armand se rend à Auvers-sur-Oise, où le peintre a passé ses derniers mois, pour essayer de comprendre son geste désespéré. En interrogeant ceux qui ont connu l’artiste, il découvre combien sa vie a été surprenante et passionnée. Et que sa vie conserve une grande part de mystère.

 

Film suivi d’un débat « Pourquoi des artistes? »

LUNDI 25 JUIN 2018

20H30

LE SELECT, GRANVILLE

Impressions sur  » Le collectionneur », de Pierre Maillard, par Daniel Ganganger

JOURNEE VISIONNEMENT FILMS DOCUMENTAIRES

BIBLIOTHEQUE ALEXIS DE TOCQUEVILLE CAEN

MARDI 22 MAI.

Films soutenus par la Région et Normandie Images

Le film (52 minutes)

Un sujet, très particulier l’addiction d’un collectionneur « habité »

Mais le fond de l’histoire est tout autre.

Le collectionneur Arthur Langerman, diamantaire anversois, est juif.

Ses parents sont morts en déportation, comme la plupart des membres de la famille.

Profondément meurtri, enfant conçu en pleine guerre étant né en 1941, il est marqué depuis toujours.

Voilà le vrai sens de son œuvre :  une démarche de mémoire et une recherche de compréhension, jamais aboutie.

C’est la collection qui le mène et non lui qui mène sa collection

Il détient aujourd’hui 8000 documents antisémites.

Un travail d’investigation de tous les instants.

Frisant la morbidité, l’accumulation de documents toujours plus rares, toujours plus révoltants, semble entraîner le collectionneur à la limite de l’enfermement voire de l’aliénation mentale.

Mais Arthur Langerman est sain d’esprit. Il veut transmettre.

Il saura donner un sens collectif à l’œuvre de sa vie.

Entre l’observation psychologique et le traitement délicat de l’antisémitisme, et surtout de l’effrayante banalisation du mal, telle qu’a su la déconstruire Anna Arendt, ce film, salutaire, nous plonge aux limites de l’horreur sans concessions mais surtout sans complaisance.

A travers le magnifique portrait sensible d’un homme en quête de son passé, ce documentaire « hors normes » nous interroge sur la nature humaine en nous projetant bien au-delà de l’Holocauste et du Nazisme,

Eh non l’antisémitisme n’est pas « un truc » d’allemands.

Sujet plus que jamais d’actualité.

A signaler que « le collectionneur » nous ramène aussi à une échelle régionale.

La collection d’Arthur Langerman a été dernièrement présentée (partiellement) au Mémorial de Caen dans le cadre de l’exposition « Dessins assassins » dont est tiré aussi un livre édité chez Fayard (voir Siné Mensuel n° 74 avril 2018).

L’exposition se terminait fin avril et a été l’objet d’une étroite collaboration avec Stéphane Grimaldi l’extraordinaire Directeur du Mémorial de Caen et Guillaume remarquable historien de la caricature.

Un autre intérêt du film est de voir apparaître le rôle lumineux que Stéphane Grimaldi (et aussi Guillaume Doizy) ont su apporter à la compréhension de l’œuvre de Arthur Langerman en lui donnant une dimension historiographique supplémentaire.

(Voir interview Stéphane Grimaldi et Guillaume Doizy, Siné-Mensuel avril 2018).

Daniel Gandanger

 

 

 

 

 

En guerre, de Stéphane Brizé, par Yann Le Pennec

Drame français, 1h53

(Avertissement au lecteur : ce texte donne une indication importante sur la fin du film)

 

« L‘a-t-il perdue « sa » guerre », Laurent, joué par Vincent Lindon, au terme d’une lutte qu’il aura menée radicalement par son intransigeance. Radicalement contre l’exploitation capitaliste exposée au travers de la lutte des ouvriers d’une entreprise multinationale faisant des profits mais sans doute insuffisamment pour l’appétit des actionnaires.

Une lutte incarnée comme jamais sans doute par la proximité d’une caméra faisant presque corps à l’affrontement et au choc des paroles. Une lutte entre ceux qui prétendent que, dans l’entreprise « tous sont dans le même bateau », quand « certains sont sur les couchettes d’en bas avec la merde et les rats » et que d’autres sont aux commandes et regardent l‘horizon. Une lutte entre ceux qui profèrent qu’il faudrait « tous aller dans le même sens » et osent dire « tous ensemble » autour de la table de pseudo-négociations quand, ayant empoché les aides de l’Etat, ils trahissent leurs engagements vis à vis de ceux qui ont accepté des concessions pour garantir leur emploi et s’en trouvent brutalement privés.

Rarement la lutte des classes n’aura été aussi intensément mise en scène, rarement le capitalisme financier n’aura exposé sa violence et ses effets délétères au sein des exploités. Rarement le rôle de l’Etat confronté à l’emprise du marché n’aura révélé on ambiguïté et son impuissance. Et, c’est tout le mérite du réalisateur, est d’avoir échappé au manichéisme et à la caricature en recherchant constamment à saisir la complexité des positions entre les intérêts antagonistes sans condamnation aucune. Nul exergue ne pouvait plus s’imposer que la citation de Brecht suivant laquelle « celui qui combat peut perdre, celui qui ne combat pas à déjà perdu ».

Entre réel et fiction, Stéphane Brizé continue de scruter le monde néo-libéral que ses hérauts présentent comme une fatalité et une loi naturelle dont la violence et la brutalité contemporaine trouvent leur expression tragique dans l’immolation par le feu de Laurent/ Lindon.

Yann Le Pennec

31 mai 2018

Critique de « Maternité secrète » de Sophie Bredier, par Jacqueline Théault.

NORMANDIE IMAGE – CAEN LE 22 MAI 2018

 

MATERNITE SECRETE de Sophie BREDIER, produit par Alter Ego ( 62 mn)

 

Franchir les grilles d’un château suscite curiosité, rêve, surprises… Les magnifiques plans de Sophie Bredier nous emmènent vers des espaces et des tranches de vie bien loin de cela …dans  le château de Bénouville.

Jusqu’en 1985, il a « abrité » des « filles-mères » et leurs enfants pour quelques jours, mois et parfois plusieurs années. Ces femmes venaient accoucher dans des conditions secrètes, lugubres, à la limite de l’insalubrité et voyaient leur vie basculer. Pas de rêve permis, pas de belles surprises de la vie dans un espace de « mise en accusation ».

Emotions garanties avec les témoignages de femmes ayant vécu là quelque temps ou bien ayant travaillé auprès des « occupantes » et leurs enfants, presque parqués comme  des prisonniers dans un seul lieu sans affection, ni jouets. Peu d’hommes dans cet environnement. A souligner le parti pris de la réalisatrice de traiter de la très courte vie des nouveaux nés et des jeunes enfants. C’est le menuisier qui raconte que la nuit, il emmenait les « petites boîtes » derrière les buissons au fond du parc. Le cimetière était réservé aux enfants de femmes mariées venant accoucher clandestinement.

Tellement peu de joies au château de Bénouville où la salle de bal appartenait au domaine des rêves…

Sophie BREDIER envisage de donner une suite à son documentaire avec comme thème le parcours de vie des « filles-mères », le plus souvent nées de femmes de même condition, ayant vécu en orphelinat. D’autres tranches de vie de femmes …

Jacqueline THEAULT

Ciné Débat Granville